Une hausse des taux d'intérêt dans la zone euro ?

Depuis juin 2003, le principal taux directeur de la Banque centrale européenne est fixé à 2%. Dans la presse et les médias en général, de nombreux économistes (plutôt de tendance keynesienne) critiquent depuis deux ans une politique monétaire qu'ils jugent trop restrictives en cette période d'activité ralentie. Ce fut particulièrement le cas au printemps dernier quand l'économie donnait des signes inquiétants de faiblesse.
Leur argument consiste à regarder du côté des Etats-Unis, et de souligner qu'entre septembre 2001 et juin 2003 la Réserve fédérale américaine a ramené son taux directeur à un niveau de 1 %, soit un plancher depuis le début des années 60.
La Fed a donc eu une attitude volontariste, soucieuse de l'impact de ses décisions sur les agents économiques et utilisant donc la politique monétaire pour soutenir la confiance. Remarquez que le mouvement de baisse a commencé au moment des attentats terroristes contre les USA. Bref selon les économistes de tendance keynesienne, la BCE aurait bien fait de s'inspirer de la Fed et descendre ses taux en-dessous de la limite des 2% (en reconnaissant malgré tout que 2% c'est déjà peu).
La politique monétaire américaine, citée en exemple par les keynésiens, semble pourtant avoir porté ses fruits. Paradoxalement (mais est-ce vraiment paradoxal ?) les économistes orthodoxes soulignaient la fragilité de la reprise américaine, dopée artificiellement par des taux bas. C'est le propre d'une politique que de chercher à modifier, corriger les données de l'activité économique : en ce sens les keynésiens, partisans d'un interventionnisme mesuré, ont salué ce volontarisme de la Fed.
Depuis l'été 2004, la Fed a enclenché un mouvement de resserrement monétaire et a recommencé donc à augmenter ses taux directeurs. Le cycle aux USA semblant bien engagé, il ne paraissait plus utile de maintenir des taux aussi bas. Mais dans l'euroland, point de croissance ! Le débat sur la possibilité d'une baisse des taux en Europe est donc resté intact. La question continut de se poser : comment relancer l'activité ? Faut-il baisser les taux européens, alors même que depuis l'an dernier la Banque central américaine augmente les siens ?
Les déclarations récentes de Jean-Claude Trichet (voir photo), président de la Banque centrale européenne, nous donne une indication précieuse du scénario qui se dessine.
Non seulement les taux de la BCE ne vont pas baisser, mais plusieurs facteurs semblent plutôt indiquer qu'ils peuvent augmenter. En effet Trichet tient actuellement un discours aux accents alarmistes sur les risques d'inflation dans la zone euro. Surprenant, alors que la croissance parait particulièrement atone.
Il existe clairement une pression sur les prix à travers la flambée des
cours du pétrole brut. Le pétrole cher se traduit par des augmentations des prix de l'énergie et du carburant et alimente l'inflation, qui a atteint un pic de 2,5% en septembre dans la zone euro. Beaucoup d'économistes estiment que ces risques inflationnistes devraient rester élevée sur le court terme.
Adepte de la théorie quantitative de la monnaie, Trichet n'hésite pas à évoquer les dangers inflationnistes liés à la croissance rapide de la masse monétaire (en l'occurrence les ressources disponibles rapidement pour l'achat de biens ainsi que les crédits aux particuliers). On peut penser que l'importance de ces liquidités en circulation explique en partie le phénomène de
bulle immobilière (voir aussi ce
fil du forum pour donner votre avis).
Trichet s'est défendu de préparer une hausse des taux, mais son changement de discours bien que subtil a été décodé de la façon suivante dans la
profession : vers la mi-2006 il est probable que les taux vont monter (et certains parlent de début 2006, voir même décembre 2005).
Pour l'heure, le critère essentiel de la BCE (
l'inflation sous-jacente à moyen terme est la référence officielle) ne justifie pas de hausse immédiate des taux, l'argument de Trichet étant de dire que l'augmentation des prix actuellement observée ne s'est pour le moment pas matérialisée par des hausses de salaires.
Le problème est bel et bien la faiblesse de la croissance dans la zone euro. Adepte (aussi !) de la méthode Coué, Trichet croit en une reprise "progressive" de la croissance de la zone euro à compter du deuxième semestre de cette année, c'est-à-dire maintenant. Il est évident que les prix du pétrole et le manque de confiance des consommateurs font peser des risques sur ce scénario.
Et s'il n'y a pas de croissance, comment augmenter les taux d'ici 6 mois ?
Le 6 octobre 2005
Vos réactions à cet article sur la page du forum s'interrogeant sur une possible
hausse des taux d'intérêt en Europe.